L'équipe de France défie le Maroc en quarts de finale de la Coupe du monde, jeudi à Foxborough dans le Massachusetts. Ce choc entre deux nations liées par l'histoire et le football suscite un engouement particulier, notamment à Casablanca où de nombreux supporters franco-marocains se préparent à soutenir les Lions de l'Atlas. « Il faut la gagner celle-là! », entend-on dans les rues de la capitale économique, signe de l'ambition qui anime tout un peuple.
Le Maroc aborde cette rencontre avec un statut bien différent de celui qu'il avait lors de la demi-finale perdue contre les Bleus en 2022 au Qatar. « On n'est plus une surprise aujourd'hui et c'est une grande fierté », confiait Mohamed Ouahbi après la victoire contre le Canada en huitièmes de finale. Le sélectionneur marocain insiste sur la nécessité de croire en ses forces: « Le Maroc est entré dans une nouvelle ère, une ère où nous devons croire en notre capacité à être sacrés champions du monde. »
Cette confiance repose sur des bases solides. Nasser Larguet, ancien directeur de l'Académie Mohamed VI, l'équivalent marocain de Clairefontaine, souligne les progrès accomplis: « On le voit à travers le classement Fifa (7) et avec tout ce qu'elle est en train de réaliser que c'est une équipe avec laquelle il faut compter au plus haut niveau. » Le Maroc a en effet enchaîné les performances de haut vol, avec notamment un match nul arraché contre les Pays-Bas grâce à un but de la tête de Diop, fruit d'un pressing haut et d'une construction offensive maîtrisée.
L'effectif marocain aligne des joueurs de classe mondiale. Hakimi, à son apogée, balaye son couloir droit avec une énergie débordante, épaulé par Brahim Diaz. Le duo Bouaddi-El Aynaoui fait office de métronome au milieu de terrain, tandis que Yacine Bounou, le gardien, reste un rempart infranchissable. Si le secteur offensif manque encore d'une pointure de premier plan, le Maroc a déjà inscrit dix buts dans ce Mondial, preuve d'une efficacité collective certaine.
Le souvenir de la demi-finale de 2022 reste douloureux pour les Marocains, mais il nourrit aussi leur détermination. Ce jour-là, les Lions de l'Atlas avaient été handicapés par une cascade de blessures: Nayef Aguerd était forfait, Romain Saïss s'était blessé dès la 20e minute, et l'entraîneur avait dû revoir son dispositif tactique. « Aujourd'hui, l'équipe est complète et elle a toutes ses forces vives », rappelle Nasser Larguet. Cette fois, le Maroc aborde le choc sans les mêmes handicaps, ce qui renforce ses espoirs.
Le travail amorcé par Walid Regragui, prédécesseur de Ouahbi, porte ses fruits. Avant la défaite 2-0 contre les Bleus en 2022, Regragui avait déjà déclaré: « On a envie de gagner la Coupe du monde, ce ne sont pas des paroles en l'air. » Cette ambition, longtemps jugée irréaliste, est désormais prise au sérieux par les observateurs. Le Maroc a prouvé qu'il pouvait rivaliser avec les meilleures nations, et une qualification pour les demi-finales, voire pour la finale, n'a rien de fantaisiste.
Les supporters franco-marocains, nombreux à Casablanca comme en France, vivent ce match avec une intensité particulière. Beaucoup sont partagés entre leur attachement aux deux pays, mais la majorité se range derrière les Lions de l'Atlas. « C'est un match historique, on ne peut pas le rater », confie un jeune supporter dans un café de la ville blanche. L'ambiance promet d'être électrique, tant dans les stades que dans les rues des deux côtés de la Méditerranée.
Sur le plan tactique, le Maroc devra faire face à une équipe de France redoutable, favorite logique de ce quart de finale. Les Bleus comptent sur leur expérience et leur profondeur de banc pour prendre le dessus. Mais les Lions de l'Atlas ont montré qu'ils savaient s'adapter, alternant entre possession et contre-attaques fulgurantes. La clé du match pourrait résider dans la capacité du Maroc à maintenir un pressing haut sans s'exposer aux contres français.
Au-delà de l'enjeu sportif, cette rencontre symbolise l'évolution du football marocain. En quatre ans, le Maroc est passé du statut de surprise à celui de prétendant crédible. Une victoire contre la France confirmerait cette ascension et ouvrirait la voie à un rêve encore plus grand. « On verra quelle équipe aura le plus le ballon », glisse un observateur, laissant planer le suspense sur le scénario à venir.
Quoi qu'il arrive, ce quart de finale restera dans les mémoires. Pour les supporters franco-marocains, il est l'occasion de célébrer une double culture et une passion commune pour le ballon rond. Et pour les Lions de l'Atlas, l'heure est venue de prouver que leur nouveau statut n'est pas un feu de paille, mais le début d'une ère durable au sommet du football mondial.


