L’ancien défenseur international croate Dejan Lovren, passé par l’Olympique lyonnais, a provoqué un vif émoi jeudi soir sur une chaîne de télévision croate. Alors qu’il officiait comme consultant pour le match de seizième de finale de la Coupe du monde 2026 entre la Croatie et le Portugal, perdu par son pays (3-1), Lovren a lancé en direct une phrase jugée raciste et xénophobe: « Nous ne sommes pas le Congo ». La déclaration, reprise massivement sur les réseaux sociaux, a immédiatement suscité des réactions indignées dans les médias et auprès du public.
L’incident s’est produit lors du débriefing d’après-match, alors que les commentateurs analysaient la performance de l’équipe croate. Selon plusieurs témoignages de journalistes présents sur le plateau, Lovren, visiblement échauffé par la défaite, a voulu souligner que la Croatie, finaliste de la précédente Coupe du monde, ne devait pas être comparée à des nations « moins performantes » selon lui. La formulation a été immédiatement perçue comme une insulte envers la République démocratique du Congo et, plus largement, comme un propos dégradant envers le continent africain.
La chaîne de télévision croate, qui n’a pas souhaité être nommée dans l’immédiat, a présenté des excuses quelques heures après la diffusion. Dans un communiqué, elle a indiqué que les propos de Lovren « ne reflètent en aucun cas les valeurs de la rédaction » et a annoncé l’ouverture d’une procédure interne. De son côté, l’ancien joueur de l’OL et de Liverpool n’a pas encore réagi publiquement, mais plusieurs médias croates rapportent qu’il aurait présenté des excuses privées à ses collègues.
L’affaire prend une ampleur particulière dans le contexte de la Coupe du monde 2026, qui se déroule aux États-Unis, au Canada et au Mexique. La compétition, marquée par une volonté affichée de promouvoir l’inclusion et le respect des différences, a vu plusieurs initiatives contre le racisme, notamment des campagnes de sensibilisation dans les stades et sur les plateaux télé. Les propos de Lovren apparaissent en totale contradiction avec cet esprit.
Dejan Lovren, âgé de 37 ans, a connu une carrière internationale riche, avec 78 sélections et une place de finaliste de la Coupe du monde 2018. Après avoir joué pour l’Olympique lyonnais entre 2010 et 2013, il a évolué à Southampton, Liverpool, puis au Zénith Saint-Pétersbourg avant de prendre sa retraite sportive en 2024. Depuis, il s’est reconverti comme consultant pour plusieurs médias croates pendant les grandes compétitions. Cette sortie médiatique pourrait toutefois compromettre ses collaborations futures.
Plusieurs associations de lutte contre le racisme, dont le réseau « Football contre le racisme en Europe » (FARE), ont condamné les propos de Lovren. Dans un communiqué, FARE a rappelé que « les déclarations publiques des anciens joueurs ont un impact considérable sur les jeunes supporters et doivent être exemplaires ». L’association a appelé la Fédération croate de football à prendre position, ce qu’elle n’a pas encore fait à l’heure où nous écrivons ces lignes.
Sur les réseaux sociaux, le hashtag #NousNeSommesPasLeCongo est rapidement devenu viral, avec des milliers de messages dénonçant le racisme ordinaire dans le football. Des personnalités politiques croates, dont le ministre des Sports, ont également réagi, jugeant les propos « inacceptables » et appelant à « une réflexion sur la responsabilité des consultants sportifs ». Le débat dépasse désormais le cadre sportif pour interroger les stéréotypes encore présents dans les médias.
Cet incident rappelle d’autres polémiques similaires dans le football européen, où des consultants ou des joueurs ont tenu des propos jugés racistes en direct. En France, par exemple, plusieurs chroniqueurs sportifs ont été écartés de l’antenne après des déclarations controversées. La Croatie, pays hôte de plusieurs matchs de l’Euro 2024, avait déjà été critiquée par le passé pour des chants discriminatoires dans les stades. Cette nouvelle affaire pourrait relancer les appels à des sanctions plus fermes de la part des instances sportives.
En attendant, la Coupe du monde 2026 se poursuit. La Croatie, éliminée dès les seizièmes de finale, vit une déception sportive majeure après avoir atteint les demi-finales en 2022 et la finale en 2018. Le sélectionneur Zlatko Dalić a annoncé qu’il ferait un point sur l’avenir de l’équipe dans les prochains jours. Mais pour l’heure, c’est la polémique Lovren qui occupe le devant de la scène médiatique croate.


