Udata

lundi 21 septembre 2026 · Paris

Rechercher

Actualités 5 min de lecture Par

Expulsions vers des pays tiers : plus de 25 000 personnes concernées depuis janvier 2025

Une enquête internationale coordonnée par Forbidden Stories révèle que l'administration Trump a expulsé plus de 25 000 personnes vers des pays tiers depuis janvier 2025, souvent sans lien avec leur pays d'origine. Une trentaine de pays, principalement en Afrique et en Amérique latine, ont signé des accords avec Washington.

Expulsions vers des pays tiers : plus de 25 000 personnes concernées depuis janvier 2025
Migrants expulsés vers l'Afrique: plongée dans la mécanique de l’administration Trump

L'administration Trump a expulsé plus de 25 000 personnes vers des pays dits « tiers » depuis janvier 2025, selon une enquête internationale coordonnée par Forbidden Stories et publiée lundi. Ces expulsions concernent des migrants qui ne sont pas renvoyés vers leur pays d'origine, mais vers des États avec lesquels ils n'ont souvent aucun lien, parfois situés sur un autre continent.

L'enquête, menée par un consortium de 26 médias internationaux — dont France 24, RFI, La Croix et France Info —, s'appuie sur le travail d'ONG, des sources ouvertes et des informations de terrain. Elle a permis de recenser et de cartographier ces transferts, qui se déroulent dans une grande opacité. Entre janvier 2025 et le 31 août dernier, au moins 25 400 personnes ont ainsi été expulsées par les États-Unis vers des pays tiers, selon les données recueillies.

Quelque 35 pays, principalement en Afrique et en Amérique latine, ont signé des accords avec Washington pour accueillir ces migrants venus d'ailleurs. Au moins douze pays africains sont concernés. Des Vietnamiens ont été envoyés en Eswatini, des Colombiens en République démocratique du Congo, des Guinéens au Ghana. Ces transferts s'effectuent parfois vers des destinations avec lesquelles les expulsés n'ont aucun lien familial, culturel ou linguistique.

Le système mis en place par l'administration américaine repose sur une mécanique complexe. Une fois sur le continent africain, certaines personnes sont emprisonnées sans décision de justice, tandis que d'autres se retrouvent bloquées sans véritable statut ni perspective. Dans plusieurs cas documentés par l'enquête, le pays tiers ne constitue qu'une étape vers un renvoi dans le pays d'origine, que les États-Unis ne pouvaient pas effectuer directement.

Cette politique d'expulsions massives s'inscrit dans le cadre des promesses de campagne de Donald Trump, qui avait fait de la lutte contre l'immigration illégale l'une de ses priorités. Les accords conclus avec des pays tiers permettent à Washington d'éloigner des personnes qu'il ne peut pas renvoyer directement dans leur pays d'origine, faute de coopération des autorités concernées ou en raison de situations diplomatiques complexes.

L'enquête, intitulée « The Deportation Project : Révélations sur les expulsions de masse de l'administration Trump », met en lumière l'ampleur d'un dispositif qui reste largement méconnu du grand public. Les journalistes du consortium ont documenté le parcours de ces personnes expulsées, souvent transférées sans information claire sur leur destination finale ni sur leur avenir juridique.

Les organisations non gouvernementales qui ont participé à l'enquête soulignent le manque de transparence entourant ces transferts. Les autorités américaines communiquent peu sur le nombre exact de personnes concernées, sur les pays impliqués et sur les conditions dans lesquelles ces expulsions sont réalisées. Le recours à des pays tiers soulève également des questions juridiques et humanitaires, notamment lorsque les personnes transférées n'ont pas accès à une procédure d'asile ou à un statut légal dans le pays d'accueil.

Pour les pays qui acceptent ces migrants, les accords avec Washington peuvent représenter des avantages économiques ou diplomatiques, mais ils posent aussi des défis en termes d'intégration et de respect des droits fondamentaux. Dans plusieurs cas, les autorités locales ne disposent pas des infrastructures nécessaires pour accueillir ces personnes dans des conditions dignes.

L'enquête du consortium Forbidden Stories, à laquelle ont participé 26 médias internationaux, permet pour la première fois de mesurer l'ampleur de cette politique et d'en documenter les conséquences concrètes. Elle révèle que ces expulsions vers des pays tiers sont devenues un instrument central de la politique migratoire de l'administration Trump, avec des effets durables pour les personnes concernées et pour les pays qui les accueillent.

Mathieu Blanchard

Auteur

Correspondant international

Mathieu Blanchard couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.