Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a fermement défendu jeudi soir sur BFMTV l’arrêté d’expulsion pris à l’encontre de la chroniqueuse prorusse Xenia Fedorova, estimant que cette décision ne constitue « pas une atteinte à la liberté d’expression ». Selon lui, l’affaire porte sur « un sujet très grave, qui est celui d’une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ». Il a accusé la ressortissante russe de « relayer purement et simplement la propagande russe » sur le territoire français.
Xenia Fedorova, ancienne directrice de la chaîne RT France interdite dans l’Union européenne depuis mars 2022 après l’invasion de l’Ukraine, est régulièrement critiquée pour ses positions pro-Kremlin dans les médias du groupe Bolloré. Avec ses employeurs, les groupes Canal+ et Lagardère, elle a dénoncé un arrêté qu’elle qualifie « d’atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions ». Un recours a été déposé contre la mesure, et depuis sa signature, la chroniqueuse est assignée à résidence avec l’obligation de se présenter chaque jour au commissariat.
Lors de son intervention, Laurent Nuñez a également souligné que la propagande russe « vise à saper le fonctionnement démocratique en France ». Il a toutefois précisé que « ceux qui portent des théories comme celle que développait cette personne vont continuer à être diffusées », citant notamment Florian Philippot et Thierry Mariani, dont il juge les prises de position proches de celles de Xenia Fedorova. Le ministre a insisté sur le caractère préventif et proportionné de la mesure d’expulsion, prise dans un cadre légal strict.
Cette affaire intervient après la polémique déclenchée fin mai dernier par la révélation de la prolongation, en 2024 pour dix ans, du titre de séjour de la chroniqueuse russe âgée de 45 ans. Cette décision administrative avait suscité de vives réactions au sein de la classe politique et de la société civile, certains dénonçant un manque de vigilance face à des activités jugées contraires aux intérêts français. L’arrêté d’expulsion signé par le ministre marque un revirement radical de la position des autorités.
La défense de Laurent Nuñez intervient dans un contexte de tensions accrues entre la France et la Russie, alors que Paris continue de soutenir militairement et diplomatiquement l’Ukraine. Les autorités françaises ont renforcé ces derniers mois les mesures de contrôle des influences étrangères, notamment russes, jugées déstabilisatrices. L’affaire Fedorova illustre la difficulté d’équilibrer la liberté d’expression et la protection de la sécurité nationale, un débat qui traverse l’ensemble des démocraties européennes.



