Politique 3 min de lecture Par Mathieu Blanchard
Novaïa Gazeta cesse de paraître sous la pression des autorités russes
Le quotidien russe indépendant Novaïa Gazeta, connu pour ses enquêtes sur les droits humains et la corruption, annonce sa fermeture après avoir été expulsé de son siège historique de Moscou.
Le quotidien indépendant russe Novaïa Gazeta a annoncé qu’il était contraint de cesser ses activités sous la pression des autorités. Ce journal, l’un des derniers bastions de la presse indépendante en Russie, avait fait de l’enquête sur les violations des droits humains, la corruption et les violences institutionnelles la colonne vertébrale de son travail.
Selon les informations publiées, le journal a été expulsé de son siège historique de Moscou, qu’il occupait depuis trente ans. Cette éviction marque l’aboutissement d’une pression croissante exercée sur une rédaction régulièrement en conflit avec le pouvoir russe. Le titre, qui s’était opposé à la guerre en Ukraine, se retrouve privé de l’outil qui l’a longtemps porté, à savoir un lieu de travail installé de longue date dans la capitale.
Le rédacteur en chef, Sergueï Sokolov, a dénoncé sur YouTube le rôle des « autorités et des services spéciaux russes » dans cette fermeture. Dans la vidéo relayée par plusieurs médias, il affirme que les équipes ont été acculées, et le titre formule la même accusation à travers son propre slogan : « Ils nous ont tués ». Les autorités n’ont pas, à la date de ces informations, apporté de réponse détaillée sur ce point, et la fermeture est présentée par la rédaction comme une décision imposée de l’extérieur plutôt que comme un choix éditorial.
Cette annonce s’inscrit dans un contexte où la liberté de la presse indépendante en Russie s’est considérablement réduite ces dernières années. Plusieurs médias ont été contraints à l’exil, suspendus ou déclarés indésirables par les autorités, et les rédactions qui subsistent travaillent sous une pression constante. La disparition de Novaïa Gazeta, dont les enquêtes ont souvent visé des responsables publics et des pratiques de l’État, prive le paysage médiatique russe d’une voix critique de longue date, et d’un des rares titres à conserver une couverture détaillée des violations des droits humains sur le territoire national.
Le journal s’était fait connaître internationalement par son travail d’investigation. Sa rédaction a payé un lourd tribut à cette activité : plusieurs de ses journalistes ont été tués au fil des années, ce qui a fait du titre un symbole des risques encourus par la presse indépendante dans le pays. Son opposition à la guerre en Ukraine l’a par ailleurs placé dans une position de plus en plus difficile face aux autorités, qui ont durci leur attitude envers les médias jugés critiques.
La fermeture de Novaïa Gazeta pose désormais la question de la continuité de ce type de journalisme en Russie. Pour les lecteurs et les observateurs qui suivaient ses enquêtes, elle marque la fin d’une institution dont la place dans le débat public russe était devenue, au fil des décennies, difficile à remplacer.
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