Société 5 min de lecture Par Noémie Weber
Les AVC touchent de plus en plus de jeunes en France
Selon l’Inserm, 10 % des victimes d’accident vasculaire cérébral ont moins de 45 ans. Les neurologues évoquent une hausse chez les moins de 50 ans, liée à de meilleurs diagnostics, à l’essor des facteurs de risque et à certaines expositions.
Un week-end à Varsovie, en Pologne. Louis, étudiant en droit public, boit un café avec des amis lorsqu’il ne parvient soudainement plus à parler. « J’ai commencé à voir tout en vert de mon œil droit », se remémore-t-il douze ans plus tard. Quelques secondes après, il s’écroule de sa chaise. Transporté par les pompiers à l’hôpital, il reçoit le diagnostic d’un AVC.
Longtemps associés aux personnes âgées, les accidents vasculaires cérébraux concernent pourtant de plus en plus de jeunes. Selon l’Inserm, 10 % des victimes chaque année en France ont moins de 45 ans. Dans une partie du cerveau, la circulation sanguine s’interrompt à la suite de l’obstruction ou de la rupture d’un vaisseau. Le visage paralysé ou asymétrique, l’incapacité à bouger un bras ou une jambe et la difficulté à parler sont des signes caractéristiques. À l’occasion de la journée mondiale contre l’AVC, célébrée jeudi, la question de cette progression est au cœur des débats.
Pour la professeure Charlotte Cordonnier, neurologue au CHU de Lille et présidente de la Société française neurovasculaire (SFNV), la proportion peut sembler faible, mais elle représente un nombre très élevé de victimes. Le professeur Yannick Béjot, chef du service de neurologie au CHU de Dijon Bourgogne et vice-président de la SFNV, indique que la probabilité de faire un infarctus cérébral, qui représente 85 % des AVC, a été multipliée par deux chez les moins de 50 ans entre les années 1980 et 2000. Cette hausse n’est pas observée dans les catégories d’âge supérieures.
Les chiffres de Santé publique France vont dans le même sens. Entre 2008 et 2019, le taux d’hospitalisation pour AVC a diminué de 2,4 % chez les hommes et de 2,2 % chez les femmes âgés de plus de 65 ans. Chez les moins de 65 ans, il a augmenté de 19,6 % chez les hommes et de 16,9 % chez les femmes.
Plusieurs explications sont avancées. La professeure Cordonnier estime que l’amélioration du diagnostic joue un rôle : face à des signaux évocateurs, une IRM est aujourd’hui plus souvent réalisée qu’auparavant. Mais cela ne suffit pas à tout expliquer. L’hypertension artérielle, l’obésité, le surpoids et le diabète, facteurs de risque classiques, touchent des personnes de plus en plus jeunes. Ces pathologies abîment les vaisseaux, en lien notamment avec une alimentation plus grasse, plus sucrée et plus salée. Le professeur Béjot regrette que ces facteurs soient insuffisamment repérés chez les jeunes.
La consommation de certaines substances est également pointée. Une étude menée par la School of Medicine de l’Université du Maryland montre que, dans les 24 heures suivant la prise de cocaïne, le risque d’AVC ischémique, celui où un caillot bloque une artère du cerveau et qui concerne 80 % des cas, est multiplié par sept. Environ 140 000 personnes consomment de la cocaïne chaque mois en France, selon les derniers chiffres de l’OFDT, et les 18-34 ans représentent la grande majorité de ce groupe. Le professeur Béjot cite aussi la cigarette électronique : des études menées sur des animaux suggèrent qu’un produit chimique utilisé dans certaines d’entre elles pourrait affecter les artères du cerveau.
Les facteurs environnementaux sont enfin évoqués. Selon le professeur Béjot, de nombreuses données scientifiques montrent que l’exposition à la pollution atmosphérique augmente le risque d’AVC, car elle favorise l’athérome, un processus qui encrasse les artères. Le neurologue dijonnais travaille par ailleurs sur une étude suggérant que les pics de chaleur accroissent ce risque. Il affirme que 80 à 90 % des AVC pourraient être évités si une dizaine de facteurs de risque étaient pris en charge, et milite pour des check-up à partir de 40 ans, ainsi que, chez les femmes, à des moments à risque comme le début de la contraception, après une grossesse ou à la ménopause.
Après son AVC, Louis a souffert d’aphasie, une perte de la capacité à parler. « Je me suis dit qu’il fallait que je me batte pour réapprendre ma langue maternelle », confie le trentenaire. Il a depuis trouvé un poste d’assistant RH et continue de se battre pour faire reconnaître ce trouble, qu’il combat grâce à de nombreuses séances d’orthophonie. Il a animé une centaine de conférences sur le sujet au Canada, en Belgique et en Pologne, et prépare une exposition de manga destinée à sensibiliser les jeunes à l’aphasie.
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