L’Espagne a annoncé l’envoi de soldats à Ceuta pour renforcer la sécurité de l’enclave, confrontée à un afflux migratoire d’une ampleur inédite depuis 2021. Neuf migrants sont morts en tentant de rejoindre à la nage ce territoire espagnol situé dans le nord du Maroc, tandis que plus de 1 500 personnes sont arrivées par la mer en l’espace de quelques jours, selon les autorités locales.
Le président de la ville autonome, Juan Vivas, a décrit des centres d’accueil « débordés et saturés », évoquant une urgence « absolue ». Plusieurs centaines de personnes, essentiellement des hommes et des adolescents, sont encore entrées jeudi dans l’enclave. Dans le nord du Maroc, à une quinzaine de kilomètres de Fnideq, des véhicules transportant des jeunes, dont des mineurs, se dirigeaient vers la frontière, tandis que d’autres migrants empruntaient des chemins secondaires pour contourner les barrages de gendarmerie.
Cette arrivée massive constitue le plus important afflux depuis 2021, lorsque plus de 10 000 personnes avaient rejoint l’enclave en deux jours. Le rythme des traversées est évalué à environ 200 personnes par jour. Face à cette pression, le gouvernement espagnol a mobilisé des soldats ainsi que des moyens supplémentaires: la Garde civile doit être appuyée par 70 agents, en plus des 80 déjà déployés, et des plongeurs et des navires des garde-côtes ont également été réquisitionnés.
Le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, doit se rendre à Ceuta vendredi pour suivre l’évolution de la situation. Il a salué la « coopération exemplaire » avec le Maroc et annoncé que les deux pays mettraient en œuvre des mesures pour le transfert vers le Maroc, « dès que possible », de toutes les personnes entrées illégalement dans l’enclave. Les autorités marocaines n’avaient pas réagi dans l’immédiat.
La crise a aussitôt provoqué des remous politiques. La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a dénoncé des « images choquantes » venues de Ceuta et s’est dite favorable à une suspension de l’Espagne de l’espace Schengen, une position déjà exprimée par le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani. Madrid a répliqué par la voix du ministre des Affaires étrangères, José Luis Albares, qui a jugé ce message « inapproprié » de la part d’un pays partenaire et ami dont l’Espagne attend « une solidarité européenne et non une démagogie partisane ». L’ambassadeur d’Italie en Espagne a été convoqué.
En Espagne, l’opposition a également réagi. Le chef du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a dénoncé « une situation désespérée » et « une crise de sécurité nationale », accentuant la pression sur l’exécutif. Les autorités locales de Ceuta avaient auparavant demandé une intervention immédiate de Madrid, disant ne plus être en capacité de répondre à l’afflux de migrants.
Cette nouvelle crise migratoire met en lumière la situation particulière de Ceuta, petite enclave espagnole au nord du Maroc. La pression migratoire y est récurrente, mais ce regain d’arrivées par la mer a pris une ampleur que les infrastructures locales ne peuvent plus absorber. Le gouvernement espagnol assure vouloir conjuguer renforcement sécuritaire et coopération avec Rabat, alors que les réactions politiques, en Espagne comme en Italie, témoignent des tensions que suscite la question migratoire en Europe.



