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L'UE veut renforcer sa flotte de brise-glace, la Finlande en première ligne

Kaja Kallas a plaidé lundi pour une flotte européenne de brise-glace plus importante afin de défendre les intérêts de l'UE dans l'Arctique. La Finlande, qui a conçu 80 % des 150 brise-glace opérationnels dans le monde, se positionne comme le partenaire industriel central.

L'UE veut renforcer sa flotte de brise-glace, la Finlande en première ligne
L’UE veut renforcer sa flotte de brise-glace… Mais qui les construit et quels pays en possèdent ?

L'Union européenne veut se doter de davantage de brise-glace pour affirmer sa présence dans l'Arctique. C'est ce qu'a déclaré lundi Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, en marge du sommet UE-Arctique organisé à Rovaniemi, dans le nord de la Finlande. « Compte tenu de la situation actuelle, mais aussi du changement climatique et de l'ouverture des routes maritimes, nous sommes tous d'accord sur le fait que nous avons besoin de brise-glace, de davantage de brise-glace ou de navires capables de naviguer dans ces conditions très difficiles », a-t-elle affirmé.

Ces navires jouent un rôle stratégique. Conçus pour ouvrir la voie aux autres bateaux dans des eaux gelées, ils permettent de maintenir des routes maritimes ouvertes, de ravitailler des territoires isolés, de mener des recherches scientifiques et d'assurer une présence dans les régions polaires. Leur coque arrondie et renforcée est environ trois fois plus épaisse que celle des navires ordinaires. Les modèles les plus modernes peuvent progresser sur plus de 2,5 mètres de banquise sans s'arrêter, et certains fonctionnent à propulsion nucléaire.

La Finlande apparaît comme le maillon central de cette ambition européenne. Son Premier ministre, Petteri Orpo, a rappelé que son pays dispose d'une expertise reconnue dans ce domaine. Selon le président finlandais Alexander Stubb, la Finlande a conçu 80 % des 150 brise-glace opérationnels dans le monde, et six de ces bateaux sur dix ont été fabriqués dans l'un de ses trois chantiers navals. Cette compétence s'est construite par nécessité : bordée par la mer Baltique, la Finlande est le seul pays au monde dont tous les ports sont gelés en hiver. Son commerce dépend donc largement de ces voies navigables, puisque 94 % de ses exportations et 96 % de ses importations sont transportées par la mer.

Fort de plus d'un siècle d'expérience, le pays estime pouvoir livrer un navire en deux ou trois ans après la signature d'un contrat, contre environ cinq ans pour ses concurrents, parmi lesquels la Chine et la Russie. La Russie demeure de loin le premier opérateur mondial, avec 40 brise-glace, dont huit à propulsion nucléaire. Elle cherche à promouvoir le passage nord-est, le long de son littoral septentrional, comme route maritime intercontinentale reliant plus rapidement l'Asie orientale à l'Europe. Avant la guerre en Ukraine, elle comptait parmi les principaux clients de la Finlande.

Le Canada exploite pour sa part 18 brise-glace et en a commandé un à la Finlande. Celle-ci en utilise huit grands, et sa voisine suédoise six. La Chine en possède cinq. Les États-Unis n'en disposent actuellement que de trois, des bâtiments vieillissants. En octobre dernier, Donald Trump a passé commande de onze brise-glace : quatre seront construits en Finlande, les sept autres aux États-Unis, mais s'appuieront sur des conceptions et des transferts technologiques finlandais.

Cette accélération s'inscrit dans un contexte de compétition croissante pour l'Arctique. La Chine, la Russie et les États-Unis renforcent leur présence dans cette région stratégique, notamment pour accéder à d'immenses ressources naturelles qui deviennent plus accessibles à mesure que la glace fond et que de nouvelles routes maritimes s'ouvrent sous l'effet du changement climatique. Pour Bruxelles, disposer de ses propres capacités de navigation polaire répond donc autant à des enjeux économiques qu'à des considérations de souveraineté.

Noémie Weber

Auteur

Journaliste société

Noémie Weber couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.