Udata

mercredi 16 septembre 2026 · Paris

Rechercher

Culture 5 min de lecture Par

La tournée d'Ed Sheeran secouée par le retrait d'artistes après l'éviction de Macklemore

Plusieurs artistes, dont Finneas et Lukas Graham, ont quitté le Loop Tour d'Ed Sheeran pour protester contre l'exclusion du rappeur américain Macklemore, écarté après ses propos propalestiniens. Ed Sheeran affirme que la décision revient au promoteur, sous la pression de propriétaires de stades.

La tournée d'Ed Sheeran secouée par le retrait d'artistes après l'éviction de Macklemore
Plusieurs artistes quittent la tournée d’Ed Sheeran après la mise à l’écart du rappeur Macklemore

La tournée britannique d'Ed Sheeran, le « Loop Tour », traverse une crise inédite. Plusieurs artistes qui devaient s'y produire ont annoncé mardi 15 septembre 2026 leur retrait pour protester contre l'exclusion du rappeur américain Macklemore, écarté après avoir affiché son soutien aux Palestiniens lors de concerts aux États-Unis.

Parmi les partants figurent le chanteur Finneas, frère de Billie Eilish, les artistes irlandais Aaron Rowe et le groupe Beoga, ainsi que la formation danoise Lukas Graham. Tous devaient participer à cette tournée de grande envergure, et leur défection collective constitue une fronde rare dans le monde des concerts internationaux.

La controverse a éclaté après que Macklemore, qui assurait la première partie du « Loop Tour », a lancé « Libérez la Palestine » et assuré aux Palestiniens qu'ils n'étaient « pas oubliés » lors de deux concerts début septembre au MetLife Stadium, près de New York. Son départ forcé a depuis pris une dimension internationale.

Ed Sheeran a tenu à se distancer de cette décision. Sur les réseaux sociaux, il a assuré que l'exclusion de Macklemore « est une décision qui vient du promoteur, ce n'est pas la mienne ». Il a expliqué que cette éviction était intervenue après des pressions de propriétaires de stades, sans préciser la nature exacte de ces pressions.

Le principal intéressé n'a pas tardé à réagir. Finneas a déclaré sur Instagram : « Les artistes ne doivent pas être réduits au silence lorsqu'ils prennent la parole pour défendre les opprimés », se disant « solidaire de la Palestine et de son peuple ». Le groupe Beoga a pour sa part motivé son départ par le « musellement de Macklemore par les lobbies sionistes », ajoutant : « Nous sommes des Irlandais qui comprennent le colonialisme. »

Le chanteur Aaron Rowe a également invoqué l'histoire de son pays pour justifier sa décision : « En tant qu'Irlandais, nous ne connaissons que trop bien le génocide, la famine provoquée et l'occupation violente. » Lukas Graham a dénoncé les menaces qui auraient été exercées par plusieurs propriétaires de stade si Macklemore était resté dans la tournée.

Macklemore, figure de la scène hip-hop américaine, qualifie régulièrement l'offensive menée par Israël à Gaza, en représailles à l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023, de « génocide ». En 2024, il a publié le titre « Hind's Hall », en hommage à Hind Rajab, une fillette palestinienne de cinq ans dont la mort avait suscité une vague d'indignation internationale.

Mais le rappeur est aussi la cible d'accusations d'antisémitisme. Ses détracteurs lui reprochent d'alimenter des clichés antisémites. En 2014, il était monté sur scène avec un costume doté d'un gros nez et d'une barbe, un incident pour lequel il s'était publiquement excusé. Ils pointent également le clip de sa chanson « Fucked up », sorti en 2025, où l'on aperçoit un puzzle combinant d'un côté un billet de 100 dollars et de l'autre un drapeau israélien.

Face à la polémique, Ed Sheeran a tenté de clarifier sa position. Il a affirmé « respecter la force de conviction de Macklemore », tout en défendant son choix de ne pas s'exprimer publiquement sur des sujets politiques, notamment sur Gaza. « Je ne suis pas complice. J'ai mes opinions personnelles sur ce conflit dévastateur. Ce n'est pas parce que je choisis de ne pas m'exprimer publiquement que je n'en ai pas, ou que je ne me sens pas concerné », a-t-il déclaré.

Le chanteur britannique a également justifié sa réserve par la nature de ses concerts : « Ceux qui viennent à mes spectacles ne s'attendent pas à participer à un forum politique. » Une position qui n'a pas suffi à apaiser la fronde, plusieurs artistes ayant maintenu leur retrait malgré ses explications.

Cette affaire illustre la tension croissante entre engagement politique et industrie du divertissement, à l'heure où les prises de position sur le conflit israélo-palestinien divisent profondément les artistes et leur public. Elle pose aussi la question du rôle des promoteurs et des propriétaires de salles, dont les pressions peuvent influencer la programmation des tournées internationales.

Pour l'heure, ni le promoteur du « Loop Tour » ni les propriétaires de stades mis en cause n'ont commenté publiquement la situation. La tournée d'Ed Sheeran, l'une des plus importantes de l'année, se poursuit sans les artistes qui ont choisi de claquer la porte.

Pauline Delorme

Auteur

Rédactrice culture

Pauline Delorme couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.