Société 4 min de lecture Par Rémi Lefèvre
Après l’attentat de Trappes, des rassemblements dénoncent les discours haineux et l’extrême droite
Trois jours après l’attentat terroriste de Trappes et La Verrière, plusieurs villes ont organisé des rassemblements en hommage aux victimes. Les participants ont dénoncé les propos haineux diffusés sur certains médias et appelé au rétablissement du cordon sanitaire contre le Rassemblement national.
Trois jours après l’attentat terroriste de Trappes et La Verrière, des rassemblements en hommage aux victimes se sont tenus lundi 26 octobre au soir dans plusieurs villes. À Paris, les participants ont dénoncé les propos haineux tenus sur les plateaux des médias de droite et d’extrême droite, et réclamé le rétablissement du cordon sanitaire contre le Rassemblement national et ses « proxys ».
Le rassemblement parisien, organisé par des syndicats et des associations, a réuni plusieurs milliers de personnes place de la Bataille-de-Stalingrad. Il faisait suite à l’attentat raciste des Yvelines, qui a fait un mort vendredi 23 octobre. Le tireur présumé, de retour en garde à vue lundi soir, conteste tout mobile raciste, alors que, lors de son interpellation, il avait reconnu avoir visé des personnes « noires » ou « arabes ». Selon les éléments rapportés, le périple meurtrier dans les villes de Trappes et de La Verrière visait à venger des « commerçants » victimes de pillages en marge de la manifestation du 17 octobre. Les faits se sont déroulés dans un contexte de tensions déjà vives autour de ces violences urbaines, que les participants ont mis en relation avec la couverture médiatique de ces événements.
Sur les pancartes et sur l’estrade, les témoignages ont décrit une peur quotidienne. Une étudiante de 21 ans, Shay, participait pour la première fois à ce type d’action. Antillaise, elle a expliqué avoir peur lorsqu’elle croise des policiers ou des forces de l’ordre, et s’inquiète pour ses petits frères noirs, qui pourraient, selon elle, être contrôlés sans raison et tués à n’importe quel moment de leur vie. Sur sa pancarte, elle avait recopié une phrase de Tupac, reprise par le mouvement Black Lives Matter : « The hate you give to little infants fucks everybody ». Un danseur d’origine brésilienne, John, a déclaré ne plus se sentir en sécurité en France, pays qui l’avait accueilli, et a dénoncé la banalisation des discours haineux à la télévision, où, selon lui, des personnes sont jugées à cause de leur couleur ou de leur culture.
Les prises de parole ont largement visé les médias. Syndicats, associations et responsables politiques ont pointé la responsabilité de chaînes qui diffusent des discours d’extrême droite et, selon eux, « arment la population avec des idées dangereuses ». Camille, une entrepreneure venue avec des pancartes « CNews tue », a estimé que ces discours étaient à l’origine de la montée des tensions observée depuis plusieurs mois. Mère de famille, elle a raconté que son adolescent noir ne se sent pas en sécurité à l’extérieur, et s’inquiète de voir des proches tenir des propos de plus en plus ouvertement racistes. Elle a aussi critiqué le traitement, selon elle surreprésenté, des pillages survenus en marge des manifestations du 17 octobre, par rapport à l’ampleur réelle de la mobilisation.
Le maire de Trappes a appelé « à prendre conscience de la gravité du moment » et de l’imminence du danger. Au-delà de l’émotion, les craintes se sont cristallisées autour de l’élection présidentielle, plusieurs participants redoutant de voir Marine Le Pen et le Rassemblement national accéder au pouvoir. Pour beaucoup, la mobilisation vise autant à alerter sur la situation actuelle qu’à peser sur les échéances politiques à venir.
6




