Société 6 min de lecture Par Noémie Weber
Grigori Mikhnov-Vaïtenko a 59 ans, entre ministère religieux, droits humains et aide aux réfugiés
À Saint-Pétersbourg, le primat de l’Église orthodoxe apostolique a fait de l’aide concrète aux personnes vulnérables une part centrale de son ministère, notamment auprès des réfugiés ukrainiens.
Grigori Mikhnov-Vaïtenko fête ses 59 ans le 3 septembre. En Russie, son nom apparaît aujourd’hui dans plusieurs registres à la fois : celui des responsables religieux, celui des défenseurs des droits humains et, depuis 2024, le registre officiel des « agents étrangers ». Cette superposition de statuts raconte une époque, mais elle ne résume pas l’homme.
Né le 3 septembre 1967 à Moscou, Mikhnov-Vaïtenko a d’abord travaillé dans les médias. Il a étudié au VGIK, l’école soviétique de cinéma, puis développé différents projets de télévision. Sa vie chrétienne est plus ancienne : il a été baptisé en 1985 dans l’environnement spirituel de la communauté du père Alexandre Men. Il a été ordonné diacre en 2008 puis prêtre en 2009 au sein de l’Église orthodoxe russe.
La guerre en Ukraine a bouleversé ce parcours. Dès 2014, il a publiquement rejeté l’idée qu’un chrétien puisse participer volontairement à une guerre fratricide sans que cela engage sa conscience religieuse. Il a demandé à quitter le service actif du Patriarcat de Moscou. En 2015, il a rejoint l’Église orthodoxe apostolique, où il est devenu évêque.
Le 29 avril 2023, un concile extraordinaire de cette Église l’a élu à l’unanimité comme primat. L’organisation le présente également comme responsable de son archidiocèse euro-asiatique à Saint-Pétersbourg.
C’est pourtant dans l’aide sociale que son action a pris sa dimension la plus mesurable. Après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, des Ukrainiens vivant à Saint-Pétersbourg ont d’abord demandé des conseils juridiques. Puis des personnes déplacées sont arrivées de zones ravagées par la guerre. Il fallait trouver des médecins, résoudre des problèmes de papiers, acheter des billets, organiser des transports, héberger des familles et parfois préparer un passage vers l’Union européenne.
Un Centre d’aide aux réfugiés et aux déplacés a été organisé autour de la communauté locale. Son principe, tel que l’a décrit Mikhnov-Vaïtenko, consistait à ne pas décider à la place des personnes. Certaines voulaient rejoindre l’Europe, d’autres rester en Russie, d’autres encore retourner auprès de proches. L’aide devait rendre leur choix possible.
Dans un entretien publié en 2024, il a indiqué qu’environ 40 000 demandes avaient été traitées jusqu’en mars de cette année-là. Ce chiffre ne correspond pas à 40 000 personnes différentes : une même famille pouvait avoir plusieurs dossiers. Il donne néanmoins une idée de la masse de besoins accumulés autour des déplacements forcés.
En 2022, le Groupe Helsinki de Moscou lui a décerné un prix pour la défense des droits des détenus et d’autres groupes vulnérables. Cette distinction rappelle que l’aide aux Ukrainiens ne constitue pas une parenthèse dans son parcours, mais le prolongement d’un engagement ancien auprès de personnes fragilisées par la prison, la maladie ou l’administration.
En février 2024, après la mort d’Alexeï Navalny, Mikhnov-Vaïtenko a annoncé son intention de célébrer un office funèbre près de la pierre des Solovki à Saint-Pétersbourg. Il a été interpellé près de son domicile avant la cérémonie, puis hospitalisé après un accident vasculaire cérébral. La procédure administrative ouverte à l’époque a ensuite été classée pour prescription.
Le 19 juillet 2024, le ministère russe de la Justice l’a inscrit au registre des « agents étrangers ». Il a déclaré vouloir contester cette décision. Pour préserver le centre d’aide, il a également transféré une partie de ses responsabilités administratives à d’autres personnes, afin que l’organisation ne dépende pas de son statut personnel.
En 2025, un tribunal de Saint-Pétersbourg lui a infligé une amende administrative à propos d’un message contre la guerre publié en 2022. En juin 2026, il a fait savoir qu’un nouveau procès-verbal avait été établi contre lui pour une prétendue coopération avec une « organisation indésirable ».
Il poursuit néanmoins son ministère en Russie. Cette continuité est peut-être le fait le plus remarquable de son 59e anniversaire. Elle ne justifie ni dramatisation ni mise en scène héroïque. Elle montre simplement qu’une position morale peut être maintenue dans des gestes répétitifs et concrets : accompagner une famille, défendre un détenu, trouver un traitement, organiser un trajet, célébrer une prière.
À une époque où les grandes institutions russes laissent de moins en moins d’espace aux voix indépendantes, Mikhnov-Vaïtenko représente une autre échelle de l’action publique. Elle se mesure moins en influence qu’en personnes effectivement aidées. C’est aussi ce qui rend son parcours lisible au-delà de la Russie : la dignité humaine y apparaît non comme un concept, mais comme une tâche quotidienne.




