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Parents jugés aux assises de Blois pour le meurtre de leur fillette

Trente et un ans après la découverte du corps d'une fillette sur le bas-côté de l'A10, ses parents sont jugés devant la cour d'assises de Blois.

Parents jugés aux assises de Blois pour le meurtre de leur fillette
20mn.fr

Trente et un ans après la découverte du corps d'une fillette sur le bas-côté de l'A10, ses parents comparaissent à partir de ce 2 novembre devant la cour d'assises de Blois. Halima El Bakhti et Ahmed Touloub sont poursuivis dans une affaire qui a longtemps résisté aux enquêteurs, la victime n'ayant été identifiée qu'en 2017 sous le nom d'Inass Touloub.

Le corps de l'enfant a été retrouvé le 11 août 1987, enroulé dans une couverture de laine bleue, sur le bord de l'autoroute, au niveau du kilomètre 135 entre Orléans et Tours. Les agents de Cofiroute qui l'ont découvert vers 15 heures ont constaté une mise en scène troublante : ses tortionnaires lui avaient passé une robe de chambre par-dessus son tricot de corps et sa culotte, puis abandonné le corps à la vue de tous. L'autopsie a révélé une succession de sévices : brûlures, hématomes d'âges différents, fractures récentes et anciennes, et surtout des morsures d'une violence extrême, dont l'une a quasiment arraché un mamelon. Le médecin légiste a estimé que le décès n'était probablement pas survenu brutalement, mais à la suite de traumas répétés.

Pendant trois décennies, l'enfant est restée anonyme. Ni sa famille, ni les services sociaux, ni l'école n'avaient signalé sa disparition. Les enquêteurs ne disposaient que de quelques éléments : une fillette de 3 à 5 ans, de « type méditerranéen », pesant 20 kilos et mesurant 95 cm. Malgré des recherches de grande ampleur, notamment le porte-à-porte dans le village de Suèvres, l'examen des registres d'état civil, la visite de 19.000 écoles maternelles et de 63.000 écoles primaires, la comparaison de fichiers de la CAF, et la diffusion de 130.000 affichettes en France et dans trente pays, aucune piste n'a abouti. Le juge d'instruction Georges Domergue a conclu rapidement que l'auteur ou les auteurs se trouvaient vraisemblablement dans l'entourage de l'enfant, compte tenu de l'absence de signalement et de la durée des sévices.

L'identification est finalement intervenue le 27 avril 2017, grâce à l'analyse d'ADN prélevé sur la scène de crime, qui a permis d'établir une correspondance avec un trentenaire déjà condamné pour une bagarre avec un voisin. Les analyses ont révélé qu'il était, à 99,999999 %, le frère de la victime. Le lien a ouvert la voie aux poursuites contre les parents. La mère comparaît pour « actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner », le père pour complicité. Tous deux encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Pour les enquêteurs qui ont travaillé sur le dossier, l'affaire reste marquante. Rémy Maunier, qui dirigeait la Section de recherches d'Orléans à l'époque et a supervisé l'enquête pendant quinze mois, a confié avoir ressenti un immense soulagement à l'annonce de l'identification : « Qu'il y allait enfin avoir un nom sur cette tombe. » Georges Domergue, premier juge d'instruction à partir de novembre 1987, a pour sa part déclaré : « Des horreurs, j'en ai vu dans ma carrière, mais cette enfant torturée, abandonnée comme un chien sur le bord de la route… C'est un dossier qui ne m'a jamais quitté. »

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Noémie Weber

Auteur

Journaliste société

Noémie Weber couvre pour Udata l’actualité, la politique, l’économie, la société et la culture. Son travail met l’accent sur la vérification, le contexte et la clarté pour les lecteurs.