Depuis plus d'une semaine, les images d'avions déversant une large traînée rouge devant les flammes qui ravagent le sud de la France, en particulier en Gironde, sont devenues familières. Ce produit chimique retardant, connu en France sous le nom de FireTrol 931, constitue un outil indispensable pour les sapeurs-pompiers afin de ralentir la progression des incendies de forêt. Déposé en amont du front de flammes, il vise à priver le feu de son combustible végétal. Selon Maude Jimenez, professeure de chimie à l'IUT de l'Université de Lille, le retardant est souvent largué dans les zones situées à l'interface entre la forêt et les habitations, afin de protéger les riverains et les infrastructures sensibles.

Le produit se compose essentiellement d'eau, à hauteur d'environ 85 %, et de sels retardateurs pour environ 10 %. Jean-Valère Lorenzetti, postdoctorant en chimie à l'Université de Lille, précise que les agents retardants, dont le FireTrol 931, sont composés de sels de phosphates, notamment l'ammonium polyphosphate, des composés chimiquement proches des engrais utilisés dans l'agriculture. Le mélange contient également, en plus faible quantité, des épaississants, de l'argile et de la gomme guar, une farine végétale qui augmente la viscosité. « Cet ajout donne une consistance plus collante pour empêcher la dispersion et permet au produit de rester accroché à la végétation », explique Jacques Martelain, expert de justice spécialisé dans la pollution des sols. Quant à la couleur rouge caractéristique, elle est due à l'oxyde de fer, un minéral naturel, qui sert de repère visuel pour les pilotes.

Si l'efficacité de ce retardant pour freiner la propagation du feu est établie, son impact sur l'environnement suscite des interrogations. Jean-Valère Lorenzetti note un effet direct à court terme sur la végétation, le produit faisant écran à la photosynthèse, mais cet effet reste difficile à quantifier. À moyen ou long terme, étant donné sa composition proche des engrais, certaines études suggèrent un effet plutôt bénéfique sur la croissance des plantes. En revanche, l'impact négatif avéré des sels de phosphates concerne les milieux aquatiques d'eau douce. Le chimiste souligne que l'on peut observer des effets similaires à ceux des engrais, à savoir une eutrophisation entraînant le développement d'algues vertes, une baisse de l'oxygène disponible et des conséquences délétères sur l'écosystème, notamment pour les petits animaux. Il précise qu'il ne s'agit pas d'une toxicité intrinsèque du produit mais d'un effet induit.

Du côté de la santé humaine, les études scientifiques actuelles ne considèrent pas le produit comme toxique. Toutefois, le FireTrol 931 est un irritant pour les yeux et les muqueuses, et un irritant léger pour la peau. Des précautions sont donc nécessaires lors de sa manipulation. Malgré ces inconvénients, le bilan entre bénéfices et risques reste très favorable selon les experts. « La balance penche très clairement en faveur du produit retardant », estime Jean-Valère Lorenzetti, ajoutant que son impact est nul comparé à celui du feu lui-même. Il juge impossible de se passer de tels produits dans la doctrine opérationnelle actuelle. Maude Jimenez rappelle que l'incendie génère des polluants bien plus dangereux, notamment issus de la combustion incomplète de matières organiques et des particules fines, que les produits utilisés pour le combattre.

Face aux préoccupations environnementales, des alternatives sont à l'étude. Le projet Prefibio, financé par l'Agence nationale de la recherche, cherche à formuler des retardants biosourcés, à court et long terme, à partir de sous-produits agroalimentaires. Jean-Valère Lorenzetti, qui participe à ce projet, indique que les résultats sont pour l'instant très encourageants, avec un impact environnemental réduit évalué notamment par des études de biodégradabilité. Sur le moyen terme, cette piste pourrait constituer une alternative crédible aux produits actuels. La France traverse actuellement la plus intense saison d'incendies de son histoire, avec plus de 117 000 hectares brûlés et 220 000 personnes évacuées, ce qui rend ces outils et leur possible évolution d'autant plus cruciaux.